Les 7 erreurs d’un économiste chevronné, débat sur les propos de Jean-Hervé Lorenzi, Président du cercle des économistes et des rencontres d’Aix en Provence

Les sept erreurs d’un économiste chevronné sur le financement des retraites : « l’économie sans intox » avec Jean Hervé Lorenzi
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Aux éditions Eyrolles, a récemment été publié un ouvrage, sous la direction de Françoise Benhamou, avec des contributions souvent de grande qualité, de 16 économistes. Le titre de ce livre « l’économie sans Intox » suscite l’espoir en vue d’une meilleure prise de conscience collective sur des thèmes tels que travail, immigration, inégalités. Ce n’est hélas pas le cas en ce qui concerne l’article qui traite du financement des retraites, « retraites, mythes et réalité » par Jean-Hervé Lorenzi, fondateur du Cercle des économistes, président des rencontres économiques d’Aix-en-Provence. Cet article cherche en particulier à montrer que le déficit des retraites est un mythe qui s’est glissé, au niveau de -55 Md€, jusque dans le discours de politique générale de François Bayrou en janvier 2025. Il est surprenant, de la part d’un économiste chevronné, que les sept arguments à l’appui de cette opinion, soient tous inexacts :
· non, la charge importante des retraites des fonctionnaires pour l’Etat ne provient pas d’un « contrat de travail implicite », compensant la faiblesse des rémunérations de la fonction publique : les statistiques montrent que les rémunérations publiques ne sont pas plus faibles en moyenne que celles des salariés privés ,
· non, les subventions aux régimes de la fonction publique ne financent pas des niveaux de retraites des fonctionnaires supérieurs à ceux des salariés privés , un « des rares avantages inclus dans leurs contrats » : le contraire a été démontré dans des études comparatives précises (voir Drees février 2022),
· non, les déficits des retraites ne sont pas l’excès des dépenses sur les cotisations ( 66 % du financement). En revanche, ils sont, comme pour tout déficit public et comme pour le reste de la Sécurité sociale, la partie des dépenses qui excède les prélèvements obligatoires affectés, cotisations et impôts ( 80 % du financement ) : en effet, les subventions des administrations tierces qui financent les 20 % restants ne peuvent pas être comptées deux fois avec les dépenses de retraites dans les déficits publics d’ensemble des administrations publiques et couvrent bien un besoin de financement (81 Md€ en 2024) lié aux seules retraites,
· non, les rapports du Conseil d’orientation des retraites-COR et de la Cour des comptes ne décrivent pas correctement la réalité de la contribution des retraites aux déficits courants des administrations publiques, car ils sont établis dans une présentation des comptes sociaux désuète et trompeuse , qui ne considère pas les données « toutes administrations publiques confondues ». Il n’existe pas de texte législatif qui impose de masquer , par convention, le poids de la protection sociale dans les déficits publics. Les mêmes rapports de la Cour et du COR se bornent à avertir sur des déficits futurs lointains à l’horizon 2035 mais occultent le besoin de financement d’ores et déjà présent.
· non, le niveau exorbitant des taux de contributions de l’Etat et de ses opérateurs, 5 ou 8 fois plus élevé que pour les cotisations de tout autre employeur n’est dû, ni à la baisse du nombre des cotisants employés de l’Etat, resté identique depuis plus de 30 ans , ni à la désindexation des traitements des fonctionnaires qui freine symétriquement aussi le montant des dépenses de retraites . Mais oui, elles sont en partie dues à la mauvaise affaire que l’Etat a faite quand le statut des agents de France Telecom et de la Poste a été modifié , avec la perte d’au moins 400.000 cotisants et le maintien de 300.000 retraités du secteur, sans qu’une compensation légitime ne soit demandée au régime général des salariés privés ( base et complémentaire ) qui bénéficie des cotisations des deux entreprises . Ne pas le dire est une lacune importante du discours des autorités et des économistes.
· non, les autres Etats de l’Union européenne n’interviennent pas aussi massivement et directement que la France dans le financement des retraites où le déficit des retraites ne se limite pas à celui du régime des fonctionnaires de l’Etat ( qui représente seulement la moitié des 81 Md€ de contribution des retraites aux déficits publics en 2024 ). · c’est pour cela que la question du financement des retraites ne peut être traitée que globalement en considérant que le niveau des retraites obligatoires est trop généreux par rapport à ce que l’activité économique est capable de supporter en France et par rapport aux pays européens comparables. Les études internationales périodiques telles que « Pensions at a Glance » de l’OCDE le confirment. On se demande comment peut fonctionner une chaire « Transitions démographiques, transitions économiques » créée par Jean-Hervé Lorenzi, si elle part de constats aussi erronés sur le financement des retraites. On se demande comment peut être traitée de mythe ou d’intox une description de la situation, maintenant partagée, au-delà des déclarations de François Bayrou, par plusieurs personnalités politiques de premier plan ( voir Edouard Philippe, « le prix de nos mensonges », juin 2025, pages 109 à 111 ou Bernard Cazeneuve , bloc note dans l’Opinion du 24 avril 2024)