À propos
C’est un paradoxe de voir que le vieillissement de la société augmente les dépenses de retraites et une large partie des dépenses d’assurance maladie plus rapidement que l’activité économique mais n’a guère d’effet, en apparence, sur les comptes publics : les comptes des administrations de sécurité sociale sont votées en équilibre dans chaque loi de financement1 annuelle et les rapports annuels comme ceux de la Cour des comptes nous disent que le système des retraites obligatoires par répartition est encore en « excédent » aujourd’hui, même si l’avenir financier à cinq ans s’assombrit.
C’est parce que la présentation des comptes publics est trompeuse. Comme l’écrit un ancien Premier Ministre dans un ouvrage récent :
« Et comme il n’y a rien de tel pour continuer à se mentir que de recourir à la magie, nous avons considéré qu’il était parfaitement admissible de faire financer notre système de retraites par la dette .. le pire est que ces tours de passe-passe comptables, parfaitement documentés, n’apparaissent pas en tant que tel dans notre comptabilité publique .. nous avons réussi à monter un système suffisamment opaque pour que personne ne voie vraiment ce qui se passe. »2
Les débats nourris sur le modèle social, quasi permanents au cours des dernières années avec notamment deux réformes des retraites, n’ont pas permis de lever cette opacité.
D’ailleurs même si chacun déplore la situation, personne n’explique précisément l’origine des déficits publics français. Les multiples causes citées ne sont ni quantifiées précisément ni même classées par importance, ce qui permet aux pouvoirs publics de rester dans une description vague et sans issue, en tentant d’échapper à des révisions importantes de notre modèle social.
Les comptes publics attribuent en effet tous les déficits publics à une entité principale, l’État, en sous estimant l’impact des prestations versées par les régimes sociaux. Ils sous estiment également le rôle des dépenses des collectivités locales dans les déficits d’ensemble. Ceci tient largement à une présentation des comptes qui mêle les dépenses et recettes finales des différents secteurs de l’action publique , votées, et les refinancements entre les administrations, qui faussent la perception de l’impact réel, comptable, de chaque catégorie d’intervention sur le déficit d’ensemble.
L’objectif du site « Finances Publiques sans Filtre » est de lever cette opacité, de surmonter la complexité des flux, des conventions ou des allocations, de supprimer les écrans qui empêchent de reconstituer les causes des déficits publics et de les communiquer. Sans d’indispensables corrections dans la présentation des comptes publics actuels, il est improbable que la conscience de l’origine des besoins de financement et qu’un consensus puissent naître dans l’opinion publique sur la nature des sacrifices à consentir pour restaurer à moyen terme la crédibilité financière de la France.
Le site regroupe donc les travaux menés et les témoignages multiples d’experts, en premier lieu sur les comptes sociaux et sur le système des retraites obligatoires, qui représente près du quart des dépenses publiques. Ces études, publiées d’abord dans des revues telles que « Commentaire » ou par des instituts de réflexion tels que «Fondapol», se fondent exclusivement sur les données officielles des administrations de sécurité sociale, comprenant aussi les retraites complémentaires et la protection chômage. Elles sont regroupées en deux thématiques, l’une « retraites » et l’autre, plus large, « finances publiques ». Des analyses pourront être ajoutées sur d’autres secteurs d’intervention de la puissance publique.
Le site vise à rendre aisément accessibles ces analyses sur les importants défauts de la communication financière publique, de manière à nourrir le débat avec des faits et éclairer l’opinion sur la nature et l’ampleur des efforts à accomplir pour redresser les finances publiques en France.
1 Loi de finances initiale-LFI et loi de financement de la sécurité sociale -LFSS, hors pandémie Covid 2020-2021
2 Edouard Philippe, « Le prix de nos mensonges » , JC Lattès, juin 2025. Voir aussi discours de politique générale de François Bayrou du 14 janvier 2025 et blog de Bernard Cazeneuve du 24 avril 2024 dans l’Opinion